Notre Café-débat avec Ludovic SOULIMAN

Chaque année, le centre social vous propose de venir découvrir des œuvres littéraires au cours de 3 soirées « café-débat » qui fleurent bon,  non seulement le café, mais surtout le parfum des livres de notre espace bibliothèque où cette animation se tient.

                La recette en est toujours la même : on y vient vers 20 heures, que l’on connaisse ou pas, les textes choisis par notre comité de lecture (composé de bénévoles, Kioko, Joss et Patricia, et présidé par Colette, la référente bibliothèque) et dont l’UOMS (Union Outre-mer de Sénart) fait partie depuis des années.

                De toute façon, pour vous mettre dans le bain, des extraits vous sont distribués qui sont lus à haute voix par les participants qui le souhaitent. Depuis cette année,  la formule s’est considérablement enrichie grâce à la présence de l’auteur(e) de l’œuvre choisie. En chair et en os, c’est donc lui ou elle, qui est là pour vous parler de son travail d’écrivain et vous en dévoiler tous les aspects. Une soirée rencontre en somme, avec un livre pour vous tendre la main…

               

Nous n’étions pas très nombreux, vendredi 15 juin dernier, à la rencontre de Ludovic SOULIMAN et de son recueil de témoignages intitulé « Les mille et une vies – Récits et rêves des gens des quartiers ». Deux bonnes poignées de curieux seulement (surtout des curieuses…), qui avaient eu envie de découvrir ce conteur passionné, impressionnant par sa haute silhouette de nomade et son sourire tout en écoute. Quel parcours ! Un chemin de vie peu banal qui commence comme ouvrier à EDF, se poursuit par la force des choses comme militant syndical, et va s’orienter au fil du temps vers une activité d’écrivain-conteur, afin que les récits de vie qu’il collecte ne disparaissent pas des mémoires sans laisser de traces.

                Préfacé et soutenu par l’une des grandes figures du renouveau du conte, Henri GOUGAUD, Les mille et une vies sont un concert de voix qui racontent, chacune à sa manière, émouvante ou fragile,  le déracinement, la perte, la douleur d’expériences de vie très dures qui sont le plus souvent restées tues. Pour en goûter le charme et les secrets, Ludovic SOULIMAN a su nous mettre dans la confidence, par son humour, sa gaîté, son énergie redoutable et sa simplicité même. Parmi les questions qui lui ont été posées, l’une a parfaitement résumé l’impression générale de toutes les personnes présentes : « Par quelle magie, vous abordez les gens ? Comment les gens vous font à ce point confiance ? » Il y a effectivement quelque chose de captivant dans l’aptitude qu’a Ludovic SOULIMAN de savoir écouter pour mieux faire parler.  Magie ou respect, empathie ou tendresse, l’homme semble toujours profondément émerveillé d’avancer à la rencontre de l’autre : « Au fil des contes, au fils de l’autre, j’aime, je rêve, je vis et je vais… ».

Voici un texte extrait des « mille et une vies – Récits et rêves des gens des quartiers » :

« Madame, viens boire caoua !

 

          Quand je suis arrivée en 76 dans l’immeuble, il y avait une famille algérienne en face sur le palier. Je n’avais jamais vu d’Algériens, en Pologne, il n’y en avait pas.

          Moi je restais toute seule, toute la semaine, toute la journée. Mon mari partait travailler toute la semaine sur des chantiers au loin et ma fille était au pensionnat à Bergues. Je ne connaissais personne.

          Un jour, au début que j’étais là, on frappe à la porte. Je vais ouvrir. C’était ma voisine algérienne, une assiette de couscous à la main, ça fumait encore.

          – Tiens, j’te le donne. Je sais que t’es toute seule et que tu te fais pas à manger.

          – Si, je me fais à manger !

          – C’est pas grave, c’est pour toi.

          C’est la première fois de ma vie où j’ai mangé du couscous.

          Le lendemain matin, j’étais à peine réveillée, j’entendais des petits coups frappés à la porte. J’ouvre.

          – Madame, viens boire caoua.

          C’était la petite fille de ma voisine algérienne. Elle avait trois ans.

          C’était agréable. C’était touchant. Des gens qu’on ne connaît pas. Quand tu ne connais personne, que tu es toute seule qu’une petite fille vient taper à ta porte pour te dire : Madame, viens boire « caoua », ça te fait une pincée au cœur. Ça fait du bien.

          On est devenues amies. Moi, j’allais chez elle et elle, elle venait chez moi. Elle m’a appris à faire le couscous et moi, je lui ai appris à faire des pierogi.

 

Anna, 73 ans »

 

Si vous regrettez déjà de l’avoir manqué, sachez qu’il reviendra l’année prochaine, lors d’une soirée contes qui devrait rester dans les mémoires…